Michel de Certeau, le voyage de l'œuvre

"Notre lieu est le monde" (Jerónimo Nadal s.j.)

Citations 

peinture de Benoît Vermander, s.j.On trouvera ci-après des citations empruntées au corpus certalien. Elles ont été librement choisies par quelques amis parisiens auxquels j’en avais fait la demande. Je les dispose dans l’ordre chronologique des ouvrages auxquels elles sont empruntées. Par discrétion, je ne précise pas qui a proposé quelle citation, les lecteurs avertis pourront facilement identifier les coupables.

Tous auront la joie de relire le phrasé mélodieux,  poétique,  incisif de l’auteur ; ils y reconnaîtront le ton singulier de cette pensée qui toujours surprend, trouble, interroge et secoue, pour conduire à quitter les rivages familiers en s’avançant vers la haute mer, comme François-Xavier autrefois quitta le Portugal pour la Mer de Chine. Sur cette « manière de procéder » et sur ses effets, on pourra lire en contrepoint de brefs récits, émouvants et pudiques, dans la rubrique « in absentia ». Toutes ces voix, dans leur diversité, dans la différence des temps et des lieux, dans la variété des contextes, ne disent rien d’autre que l’union possible dans la différence que l’auteur  appelait de son désir et qui nourrissait son espérance.

Ont participé à cette collecte Jean Chami, Cécile Deleplanque, François Hartog, Christian Jacob, Christian Jouhaud, Dominique Julia, Pierre Lardet, Dominique Salin, Jean-Louis Schlegel et deux interlocuteurs qui souhaitent demeurer anonymes. Que tous soient remerciés.

 

 

« Faute de pouvoir être la réalité, l’objet des sciences dites « humaines » est finalement le langage, et non l’homme ; ce sont les lois selon lesquelles se structurent, se transforment ou se répètent les langages sociaux, historiques ou psychologiques – et non plus la personne ou le groupe. La conscience, individuelle ou collective, y apparaît comme une représentation, le plus souvent trompeuse et trompée, des déterminismes qui l’organisent. S’il en est ainsi, on ne saurait faire crédit à cet effet de surface qu’est, chez l’homme, la conscience d’être l’auteur ou le sujet des structurations dont il est seulement le symptôme. (…) Une perte du nom propre,  un effacement des prestiges accordés à la conscience, et même un effritement de la confiance inspirée jadis par les irruptions volontaires ou par les manifestations révolutionnaires accompagnent, comme leur ombre, l’apparition d’une solidarité sans propriétaire dans les champs anonymes de la recherche scientifique. Le langage ainsi disséminé en espaces hétéronomes, pourtant rassemblé par des lois qui ne connaissent d’unité qu’en fonction d’ensembles, serait le lieu d’une modestie quasi mystique. »

« La rupture instauratrice » (1971), in La Faiblesse de croire, éd. 2003, p. 201-202